PS: pendant la débâcle, l’appareil se maintient!

Après une soirée électorale quasi cauchemardesque pour le Parti socialiste, on pouvait espérer un sursaut de dignité. Au lieu de quoi, le même spectacle se poursuit: pendant la débâcle, l’appareil se maintient!
Voilà sans doute de quoi redonner de la confiance à un électorat désespérément volatilisé.
D’abord, au plan du symbole, quand il existe tellement de salles populaires dans ce pays, l’aéropage du directoire socialiste ne trouve rien de mieux que de convoquer son Conseil national dans un grand hôtel parisien.Bonjour le message aussi bien à l’égard des classes populaires que des classes moyennes dont on pleure, à leur tour, la désaffection.


Le décor planté, maladroitement, on pouvait peut-être imaginer qu’il y ait du contenu dans le scénario. Las, les vieilles recettes nous sont resservies.
Quand il s’agit de décréter l’état d’urgence, on nous invite à “six mois pour changer de cap“. Bien sûr, six mois pour transformer le parti, cela peut paraître bref. Mais au moins qu’on n’attende pas pour fixer le cap!
Après la déculottée du 7 juin, pourquoi faillir encore le 9 et renvoyer aux calendes les indispensables remises à plat idéologiques, stratégiques et structurelles ?
Comme d’habitude, quand il y a le feu dans la maison, on se promet d’en parler plus tard en espérant secrètement qu’il soit étouffé…
Pense-t-on ensuite que le mal qui nous ronge puisse se panser sinon se guérir par l’attribution de quelques maroquins à Pierre, Vincent ou les autres…quoi qu’on puisse penser d’eux?
Pense-t-on sérieusement, qu’alors  qu’on attend de l’audace, l’installation d’un Comité des Sages soit une réponse appropriée?
Pense-t-on enfin qu’en confiant à Ségolène la mission de “porter le message du Parti socialiste dans le monde“, on ait fait ce qu’il fallait pour qu’enfin nous ayons un message à porter dans le monde?

Bien sûr, il ne s’agit pas de tirer à bras raccourcis sur la Première Secrétaire. C’est un sport dont on sait qu’il est prisé chez les socialistes.Mais pour autant, il ne s’agit pas, une fois de plus, d’accorder un blanc-seing au seul prétexte du rassemblement de tous les egos. Cette stratégie perdante a déjà été celle mise en œuvre à Reims; celle aussi qu’on nous avait présentée au Mans comme la seule raisonnable.
Quand le parti “crève” la bouche ouverte, il est indécent de consacrer l’essentiel de son énergie à partager les vivres à quelques-uns quand la plupart désespèrent de la survie collective.
Discuter avec l’ensemble de la gauche” ne relève que du slogan quand on n’est pas en mesure de savoir ce que l’on est prêt à mettre dans la discussion.

Décidément non, la déroute du 7 juin 2009 pas plus que celle d’avril 2002 ne provoque l’ indispensable sursaut.

A force de tourner sur lui-même et pour lui même, l’appareil du Parti ne fait qu’accroître sa cécité et son autisme.
Quand tout plaide pour stigmatiser le déficit de projet et l’écart toujours plus grand entre les aspirations des citoyens et les propositions qui leur sont faites, il y a quelquechose de navrant à se livrer publiquement à ces opérations de rafistolage des susceptibilités.
La situation appelle autre chose de bien plus fort que quelques arrivées à la direction – même si elles n’ont rien d’illégitimes – pour une nouvelle gouvernance ou la convocation d’un Comité des Sages.
A force d’avoir, depuis des décennies, consacré l’essentiel de nos préoccupations à soulager les aspirations des unes et des uns, on a complètement perdu de vue les mutations sociales, économiques, environnementales auxquelles les citoyens attendent qu’on apporte des réponses. Evidemment, elles ont été intellectualisées, inscrites dans les discours. Mais on s’est bien gardé de les décliner de manière concrète dans l’objectif de changer le quotidien des gens. Le Parti s’est embourbé dans un discours raisonnable, empreint de cette fameuse culture de gouvernement et il a fini par s’immobiliser en rase campagne.
A vouloir, comme on l’a fait sur la question européenne, gommer toutes les aspérités, on a fini par jeter le bébé avec l’eau du bain.
Au lieu de nous enrichir de nos différences, de les utiliser à construire des perspectives nouvelles, on les a chloroformées.
L’argument d’autorité est celui de l’expérience des “savants”.
La voix militante est supsecte surtout si elle ose, surtout si elle est iconoclaste.
Les apparences sont quelquefois sauves: on jette alors quelques miettes à la piétaille des “tracteurs” ou des colleurs d’affiche en leur suggérant de réfléchir. Mais de quel poids  cette réflexion pèse-elle en face  des oracles des experts?
Qui n’a connu ces longues réunions où s’élaborent les réflexions partagées et qui toujours se terminent par la délivrance du message de celle ou de celui qui sait parce qu’il a gouverné, qu’il gouverne, qu’il légifère ou tout simplement qu’il administre?
Qui ne s’est entendu dire qu’il avait de bonnes idées mais qu’au fond tout cela n’était pas très réaliste au regard des contingences?
On ne développe pas de l’espoir en réduisant toujours l’éspérance à la toise arbitraire du domaine du possible.
La politique se nourrit d’utopies, de volontés de ruptures et de dépassement de tous les ordres établis. Elle n’est, sinon, que son propre fantôme et se perd, par dilution, dans la seule fonction de gestion.
A tous les échelons du Parti, les mêmes phénomènes se reproduisent et c’est bien ce qui le gangrène. Son potentiel de confiance s’amenuise de manière inversement proportionnelle à la construction de multiples potentats.
Les militants ne sont d’ailleurs utiles qu’au service de ceux-ci;  si, d’aventure il leur venait à l’esprit de faire usage de leur liberté de pensée et de leur droit de divergence, alors, ils seraient écartés, avec ou sans égards.
Si nous ne sortons pas, une fois pour toute, de ces modes de fonctionnement, aucun sursaut jamais ne sera possible.
Le Parti socialiste est en train de se “radicaliser”, au sens de l’histoire du Parti Radical. Nous aurons bientôt plus d’élus que de militants et ne représenterons peut-être bientôt pas plus que ce  représentent aujourd’hui les radicaux.
Bien sûr, un tissu compact d’élus est indispensable; un parti d’élus, en revanche, n’a aucun intérêt. Sans opposer les uns et les autres, il nous faut construire un parti de militants porteurs d’idées, de propositions, d’expérimentations sociales, économiques, environnementales parce qu’ils seront investis dans le tissu associatif, syndical, mouvementiste et qu’ils trouveront dans le parti le lieu d’expression politique de leurs expériences. Il nous faut nous souvenir qu’un élu n’est qu’un militant à qui l’on a momentanément confié quelques responsabilités dont il mesure la validité de l’exercice dans la confrontation avec le mouvement des idées politiques.
C’est au prix de cette mutation-là, parce qu’elle est la seule garantie pour préserver notre capacité d’audace, que le Parti socialiste peut survivre et non pas comme on le constate désespérément, au prix de la préservation et de la distribution des places.
Les citoyens écœurés par les manigances d’appareil qui occupent l’essentiel de l’actualité du Parti redécouvriront peut-être alors qu’il y a encore une force socialiste, fidèle à ses valeurs et capable d’ouvrir les espaces indispensables aux mutations du monde moderne.
Appelons-ça rénovation, reconstruction, refondation…peu importe les mots pourvu qu’on s’y engage résolument.Vite.
D.A. 10/06/2009

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