Le NON irlandais pourrait contribuer à lever de l’espoir.
Avec un score sans appel de 53.4% en faveur du NON, et une participation significative, les citoyens irlandais ont à leur tour retoqué le projet de traité constitutionnel européen, fut-il relooké à la hâte en mini-traité de Lisbonne.
On entend beaucoup argumenté la taille modeste de l’Irlande dans le concert européen pour tenter de relativiser ce nouvel échec populaire des chantres de l’Europe libérale. Mais diable, il n’y a pas de peuple mineur et la voix des Irlandais doit être non seulement entendue, mais respectée.
Car enfin, croira-t-on que si les autres nations avaient été, elles aussi, consultées comme elles auraient du l’être, c’est à dire par referendum populaire, on aurait assisté à un élan formidable d’adhésion au projet !? Sans être devin, on peut en douter.
Et c’est sans nul doute pour cette raison que N. Sarkozy s’est empressé – avec autant de complicités à gauche qu’à droite – de s’asseoir sur ses promesses de consultation du peuple. Souvenons-nous qu’il déclamait qu’un projet refusé par la voix populaire ne saurait être réexaminé que par voix populaire… Effets de campagne électorale…
La grande réussite dont il était tellement fier de s’attribuer la paternité a fait flop.
Quand on donne la parole au peuple citoyen, il s’exprime. Nous l’avions vérifié en France en 2005. Les Irlandais viennent d’en donner de nouveau la flagrante démonstration.
Et l’on entend les mêmes qu’il y a trois ans, ceux qui ne veulent pas entendre ce que disent les citoyens, évoquer la tentation souverainiste, l’incurie d’un peuple qui n’aurait pas la reconnaissance du ventre à l’égard d’une Europe qui l’a pourtant dopé…
Alors qu’il est clair, en Irlande comme ailleurs, que ce que disent les citoyens, c’est qu’ils ne veulent pas d’institutions théodules, d’usine à gaz ultra-libérale dont ils ont du mal à comprendre les fonctionnements lointains mais dont ils perçoivent bien, en revanche, les effets pervers sur leur vie quotidienne.
Et qu’on n’aille pas nous dire que ceux-là sont des anti-européens dans leur grande majorité.
Les citoyens irlandais, comme les citoyens français ou néerlandais ne sont pas plus europhobes que leurs élites politiques. Ils sont fatigués en revanche, qu’on leur explique qu’on veut faire leur bonheur malgré eux.
Et si l’idée européenne, si le projet d’une grande Europe ne les repoussent pas plus qu’ils ne les effraient, c’est d’une autre Europe dont ils ont envie d’avoir l’ambition.
Une Europe qui les protège ; une Europe qui les unisse dans une grande ambition sociale et économique. Une Europe qui lutte avec eux et pour eux ans un contexte de mondialisation dont ils ont bien perçu que même les chantres américains du libéralisme avaient entrepris désormais de se protéger parce qu’ils n’en supportaient plus le caractère follement débridé.
Ce qu’ils attendent alors, c’est qu’on propose à leur jugement citoyen un projet clair, lisible et compréhensible qui fixe les contours de l’Europe politique qui reste à construire.
N’en déplaise à M. Baroso, la construction européenne ne pourra pas se faire contre la volonté des peuples européens ou elle échouera.
Le NON irlandais a redonné de la fierté à l’expression citoyenne. Il se pourrait qu’il contribue aussi à lever de l’espoir.
Daniel AUDUC