Le poisson est sorti du bocal.
La gauche existe. Elle est présente partout, diffuse, active et mobilisée. Ses engagements, ses combats sont portés au quotidien par autant d’associations, de groupements d’intérêts, de collectifs ou d’individus. Elle réside dans la société civile qui n’a sans doute jamais aussi bien porté son nom. Elle échange, discute, proteste, agit, se mobilise. Elle existe parce qu’elle est vivante, inventive, créatrice d’espaces d’expression, de lieux d’espérance et de lieux de combats. C’est une gauche militante qui réussit la synthèse entre revendications collectives et affirmation des individualismes.
Que ses combats soient consuméristes, corporatistes, défenseurs des libertés individuelles et collectives, qu’il s’agisse des droits de l’homme, des droits sociaux (droit au logement, à la dignité de la vie,…) de la préservation de l’environnement, de la promotion des solidarités, du développement durable, de l’éducation… partout elle est mouvante, éphémère quelquefois, ou plus durable ailleurs.
Cette gauche vivante existe partout sauf, semble-t-il, au cœur de la gauche partisane. On a le sentiment que le poisson est sorti du bocal, tant il est vrai qu’il n’y a guère que dans les partis qu’il soit difficile, désormais, de la rencontrer.
Et le parti socialiste n’est pas le dernier bocal à être déserté par le poisson !
A consacrer l’essentiel de son énergie à se disputer les prébendes, il s’est singulièrement égaré dans des luttes d’influence aussi désuètes qu’inutiles mais qui paraissent bien n’être que sa seule raison d’être.
Les leçons de l’histoire des ces vingt-cinq dernières années ont bien du mal à être tirées.
Quand il lui faudrait prêter l’oreille au mouvement sourd de la révolte et de la désespérance qui traverse le peuple, quand il lui faudrait être attentif à ces attentes et à ces messages, il se confond à ourdir autant de complots qu’il y a de prétendants au prétexte de préparer l’avenir. Et la dichotomie s’installe durablement entre une gauche de mouvement, animée de principes et d’espoirs de changement d’une part, et, d’autre part, un cénacle d’ambitions individuelles improductif et singulièrement rébarbatif.
Peut-on croire, un seul instant, que les débats d’influence auxquels on s’y livre, au détriment du débat d’idées et de propositions, intéressent tant soi peu les citoyens anéantis par les effets désastreux des politiques conduites par N. Sarkozy ?
Peut-on raisonnablement imaginer que le souci majeur des gens soit aujourd’hui de s’assurer que tel ou tel réussisse à verrouiller l’appareil partisan pour s’assurer de sa candidature en 2012 ?
A qui fera-t-on croire que les vrais enjeux soient de trancher entre celle qui renie publiquement le projet qui porte sa candidature et celui qui, par souci d’agglomérer l’inconciliable se déclare sans ambages tout à la fois libéral et socialiste ?
C’est au bout du compte, le cadet des préoccupations, autant d’ailleurs que savoir si l’une ou l’un, ou un troisième peut-être … ou d’autres encore réfugiés sur leur Aventin … est le meilleur pour piloter la maison socialiste.
La stérilité navrante à laquelle ces chorégraphies manichéennes conduisent le parti socialiste tout entier, est le gage de sa mort annoncée.
Il est urgent de se ressaisir. Et pour ce faire, il n’y a d’autre choix que de sortir définitivement la question de la désignation du candidat à la présidentielle du bocal déserté.
Inventons, le moment venu, une consultation populaire à gauche pour cette désignation ce qui aura pour le moins l’avantage de créer une dynamique de soutien et d’adhésion à la dite candidature.
Et changeons l’eau du bocal, en l’oxygénant par un vrai débat de fond, appuyé sur les expériences de cette gauche vivante dont il faut s’enrichir.
Toute l’histoire de la gauche est là.
Le mouvement politique, le mouvement des idées naît du mouvement de la vie sociale, culturelle, économique, environnementale.
C’est à partir de cette expertise que s’enrichissent et se confrontent les projets. Et tant mieux si, au bout du compte, les sensibilités s’exacerbent pourvu que la confrontation soit féconde.
Parce qu’alors peut-être pourra-t-on prendre le pari qu’en naisse une ambition collective susceptible de faire renaître l’espérance en un avenir meilleur. La question du pilote en découlera naturellement.
Il sera temps, alors, que la gauche tout entière, dans la richesse de sa diversité, fasse le choix de celle ou de celui qui incarnera cette ambition dans le débat présidentiel.
Daniel AUDUC
Cet article a été publié à mai 25, 2008 à 1:26 et est archivé sous 1 - contributions perso avec des tags congrès courants, parti socialiste gauche candidatures premier secrétair. Vous pouvez suivre toutes les réponses à cet article grâce au flux RSS 2.0. Vous pouvez laisser une réponse, ou un trackback depuis votre site.